Les enfants placés prennent la parole
11-02-2026
"Certains enfants ne disent rien, mais ça ne veut pas dire que tout va bien" explique une ado : les enfants placés prennent la parole
C'était une première dans la Manche : mercredi 28 janvier 2026, des enfants placés ont pu s'exprimer librement sur leur quotidien face aux responsables de l'Aide Sociale à l'Enfance et à des élus. Famille d'accueil, accompagnement, avenir : aucun sujet n'était tabou.
"Je trouve qu'ils ne prennent pas assez au sérieux nos envies", lance une jeune fille."Et quand on parle, on aimerait que ce ne soit pas juste pour qu'ils essaient de nous faire changer d'avis", assène-t-elle.
Une première dans la Manche
Une cinquantaine de jeunes pris en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) ont participé à une rencontre inédite avec des élus du Département de la Manche, mercredi 28 janvier. Son objectif : créer un conseil pour faire entendre la voix des enfants placés.
La parole est aux enfants. Devant eux, des élus qui organisent d'une certaine façon leur vie. Cette rencontre permet de voir les problèmes à hauteur d'enfants, de les laisser parler d'eux-mêmes et de leurs attentes.
Les jeunes présents sont conscients qu'ils ne bénéficieront pas forcément des améliorations qu'ils demandent, mais ils savent que leur voix est essentielle. "Je pense que c'est important pour les enfants qui seront placés plus tard, pour avoir plus de droits pour les futures générations" explique Mélanie, une des jeunes participantes, elle-même en famille d'accueil.
"Beaucoup n'ont pas de parents pour les aider"
Dans la salle, le débat s'installe rapidement autour de l'accompagnement après 18 ans. "Quand on est plus jeune, l'ASE, c'est bien, et je les remercie pour plein de choses. Mais je trouve qu'à partir du moment où on a un contrat jeune majeur… je ne vais pas dire qu'ils nous lâchent, mais un peu quand même", témoigne un jeune garçon.
"Ça ne s'arrête pas à 19 ans. Ça peut aller plus loin, rappelle une élue. On n'arrête pas ses études à 19 ans parce que c'est la fin d'un contrat jeune majeur. On peut continuer jusqu'à 21 ans au moins".
Le contrat jeune majeur permet aux jeunes confiés à l'Aide sociale à l'enfance de prolonger les aides dont ils bénéficient pendant leur minorité. Cette prise en charge doit permettre aux jeunes majeurs de vivre progressivement de façon autonome, mais les adolescents présents ne semblent pas avoir toute confiance en ce dispositif.
"Je vais bientôt être en contrat jeune majeur. Mais quand on devient adulte, ils ne prennent pas toujours assez au sérieux nos besoins, estime une adolescente. Par exemple, le permis : c'est cher, et beaucoup n'ont pas de parents pour les aider."
Le suivi psychologique jugé insuffisant
"Je trouve que le suivi psychologique des enfants placés est insuffisant, explique aux élus un jeune garçon. Moi, j'ai connu un contexte violent, et je n'ai pas eu de suivi psychologique avant mes 16 ans. Ça faisait déjà trois ans que j'étais placé."
Il poursuit : "il faudrait aussi plus d'accompagnement pour les familles d'accueil, et plus de suivi, parce que certains enfants ne disent rien, mais ça ne veut pas dire que tout va bien."
Un conseil des enfants placés en projet
Pour Emmanuelle Robine, directrice générale en charge de la petite enfance au conseil Départemental de la Manche, cette initiative répond à un constat : "on parle beaucoup des enfants, de leurs besoins, mais on les rencontre très peu".
L'objectif est désormais de constituer un conseil départemental qui représentera les jeunes placés et permettra de les voir régulièrement. Le projet vise aussi à réactiver l'ADPAP, une association d'anciens enfants confiés à l'ASE, pour disposer de représentants dans les instances importantes du Département.
Caroline Griffon, famille d'accueil depuis 21 ans à Cherbourg, salue l'initiative mais rappelle les difficultés du terrain : "l'accompagnement manque parfois. Des enfants qui auraient besoin d'un suivi particulier attendent des mois, voire des années."
Alors que l'Aide sociale à l'enfance, en difficulté au niveau national, doit prochainement être réformée, ce conseil se veut un outil de transparence et de prévention.
"C'est important d'être écouté"
"C'est important d'avoir la parole libérée, de pouvoir parler de ce qu'on veut, de faire des demandes et d'être écoutés, admet Mélanie, placée en famille d'accueil. Et que ces demandes aboutissent, pas qu'elles restent en l'air", résume une jeune fille.
Les premiers enfants participant à ces débats se sont montrés courageux et francs dans leurs échanges. Ils ont pu parler de ce qui leur tenait à cœur. C'est au tour des adultes présents de leur montrer qu'ils ont été entendus.
D'autres sessions suivront, dont la première session officielle du conseil, qui est prévue pour le 4 mars 2026.