Harcèlement scolaire : une réalité dès 6 ans
11-02-2026
Juliette Seblon | 05 Février 2026
En France, près d’un élève de primaire sur six est probablement victime de harcèlement, selon les résultats de l’étude nationale Enabee menée en 2022 par Santé publique France. Cette enquête inédite, qui associe les points de vue des enfants, des parents et des enseignants, révèle aussi qu’une proportion similaire d’élèves a un comportement agressif avec les autres écoliers. Par ailleurs, 6 % des enfants présentent ces deux profils, illustrant la complexité de ce phénomène.
Des troubles de santé mentale fréquents chez les enfants concernés
Parmi les points marquants de l’enquête, on peut retenir l’existence d’un lien fort entre l’exposition au harcèlement, en tant que victime, agresseur ou les deux, et le fait de souffrir de troubles psychiques. Il apparaît notamment que chez les enfants à la fois victimes de harcèlement et potentiellement harceleurs, 40 % vivent avec au moins un trouble probable (émotionnel, oppositionnel ou d’inattention/hyperactivité). Ces jeunes apparaissent particulièrement vulnérables, cumulant souvent des troubles du comportement avec une détresse psychologique.
Des facteurs de vulnérabilité multiples
Ainsi, les enfants concernés par le harcèlement partagent fréquemment des caractéristiques communes : troubles des apprentissages, besoins éducatifs particuliers, naissance prématurée ou encore corpulence élevée. L’influence de l’environnement familial est également mise en évidence par l’étude qu’il s’agisse de la perception de difficultés financières, d’isolement social du parent ou encore de troubles anxieux ou dépressifs chez l’adulte référent.
L’enquête de Santé Publique France signale encore que les enfants nés en fin d’année scolaire, donc plus jeunes que leurs camarades de classe, sont davantage représentés parmi les victimes probables. Par ailleurs, de manière générale, les garçons sont plus souvent décrits comme agressifs, tandis que les filles sont plus fréquemment identifiées comme victimes.
Un phénomène enraciné dans le contexte scolaire et social
Tous les établissements ne sont pas pareillement exposés au risque de faire face à des situations de harcèlement. Les écoles situées en zones d’éducation prioritaire (REP/REP+) connaissent une proportion plus élevée d’élèves cumulant harcèlement et agressivité. Ces écarts s’expliquent essentiellement par des facteurs individuels et familiaux.
Les travaux de Santé publique France se sont également intéressés aux lieux dans lesquels s’exerce le harcèlement : les cours de récréation ou les toilettes, moins surveillés par les adultes, sont souvent mentionnés comme espaces propices à l’émergence de violences entre pairs. L’usage des réseaux sociaux, même chez les plus jeunes, constitue en outre un facteur aggravant.
Minimisation des adultes
Les croisements entre les réponses des enseignants et des parents révèlent des différences d’appréciation mais qui vont dans le même sens d’une minimisation dommageable. Ainsi, les enseignants ont tendance à sous-estimer l’ampleur des harcèlements, tandis que les parents méconnaissent souvent l’agressivité de leur enfant. Cet état de fait confirme la nécessité d’une meilleure prise de conscience dans l’espoir d’un meilleur repérage.
En effet, l’enquête rappelle l’importance d’agir très tôt. Si les comportements de harcèlement peuvent émerger dès l’école maternelle, ils sont encore souvent perçus comme propres à l’adolescence. Or, dès le primaire, des dynamiques de domination et d’exclusion sociale se mettent en place, avec des répercussions durables sur le développement psychologique et scolaire des enfants.
Des leviers pour une action efficace
Le développement des compétences psychosociales (empathie, gestion des émotions, coopération) est présenté comme un axe central de prévention. Des programmes sont déjà en place dans certaines écoles (comme le Good Behavior Game), et la stratégie interministérielle 2022-2037 vise à les généraliser.
Le soutien à la parentalité et la formation des professionnels de l’éducation figurent également parmi les priorités du plan de lutte contre le harcèlement. En parallèle, la santé scolaire, dont on connaît cependant les grandes difficultés et notamment le manque de moyens, est appelée à jouer un rôle renforcé dans le repérage précoce et l’accompagnement des enfants en difficulté.
Enfin, l’étude rappelle la nécessité d’un suivi régulier du phénomène. Les enquêtes comme Enabee, EnCLASS ou celles sur le climat scolaire sont en effet essentielles pour évaluer l’évolution des violences entre pairs, mesurer l’efficacité des actions publiques et ajuster les réponses.