Rencontre avec une famille d’accueil
12-05-2026
Rencontre avec une famille d’accueil : « pour faire ce métier, il faut aimer les gosses »
6 mai 2026
C’est une maison où, tous les soirs, on met neuf couverts sur la table. Assistante familiale, Sylvie s’occupe de six enfants « placés ». Depuis sept ans, la responsabilité d’un autre, désormais adulte, revient à son époux Pascal. « La vie tourne autour des enfants », résume-t-il.
Chez Sylvie et Pascal, la journée démarre à 6 h, et se clôt à 22 h. « Je me lève trois ou quatre fois la nuit ». Entre six enfants âgés de 3 à 14 ans et Théo* qui, à 26 ans, n’est pas autonome, Sylvie doit réconforter après un cauchemar, refaire un lit… Un vilain rêve, chez un « p’tiot », ce n’est pas du chiqué : « des fois, il y en a qui hurlent », glisse Pascal. Le lendemain, les plus jeunes rejoindront l’école ou l’IME, seul Théo ne bougera pas de la maison. C’est la sienne depuis qu’il a deux mois. Ce matin, absorbé par sa tablette, le jeune homme intervient parfois dans la conversation, chaque fois à bon escient. Il serre fort la main de Sylvie, toujours. A 18 ans, Théo est passé sous la responsabilité de Pascal pour rester chez eux, chez lui.
« Quand j’ai commencé ce métier, c’étaient surtout des carences éducatives, ou alimentaires » qui motivaient les « placements ». Les temps ont changé, et leurs origines sont désormais liées à des « problèmes des grands ». « On croit qu’on a tout vu, mais on en apprend tous les jours ». Le juge des enfants accepte aujourd’hui qu’ils s’opposent parfois à voir leurs « vrais » parents – avant, l’affaire était épineuse. Sous le toit de Sylvie et Pascal, l’atmosphère est sereine. « C’est impressionnant comme les enfants s’entendent bien », sourit Pascal.
« On est mal regardés »
« On est mal regardés, spécialement par les gens aisés ; même dans notre village ». Le couple pense que c’est parce que les enfants « ne sont pas comme les autres ». Ensuite, il les véhicule beaucoup – les rendez-vous liés à l’ASE, à la santé, aux urgences après avoir obtenu une nouvelle autorisation – elle n’est plus permanente -… « On considère qu’on se promène, qu’on ne travaille pas ». Enfin, « quand les six sont là, je ne les quitte pas des yeux » : que Sylvie ait besoin de s’absenter deux minutes et elle appelle son mari pour que la surveillance soit ininterrompue. « Il faut être professionnels et aimer les gosses, ne pas penser qu’à soi », résume Pascal.
« Je ne juge pas les parents »
« Depuis que j’ai 6 ou 7 ans, je veux faire ce métier. Dès qu’il y avait un bébé quelque part, j’y allais ». Sylvie est assistante familiale depuis 30 ans. Elle a accueilli neuf autres enfants. Ceux qui sont restés longtemps maintiennent le contact. « Moi, quand j’accompagne les enfants, c’est jusqu’au bout. Je ne juge pas les parents, et je préfère en être proche ». Les contextes diffèrent, « les liens ne sont pas toujours coupés ». L’intérêt de l’enfant est le seul fil rouge de Sylvie. Qui tient aussi à « dire les choses » à celui-ci : « je lui fais comprendre que ce n’est pas moi qui suis allée le chercher ». Le retour au « vrai » foyer parental arrive un jour. « Dire qu’on vient chercher un gamin du jour au lendemain, ce sont des bêtises ». Au contraire, poursuit l’assistante familiale, « c’est archi-progressif », l’enfant reprend contact avec ses « vrais » parents deux heures, puis quatre, puis une journée… « En Haute-Marne, la préparation à la réintégration de son foyer est bien faite ».