Association d'Assistants Familiaux Lorrains

"réparer ce qui a pu être abîmé" : comment l’aide sociale à l’enfance vient au secours des enfants dans le puy-de-dôme catherine lopes publié le 07/05/2026

08-06-2026

Depuis quelques années, la protection de l'enfance dans le Puy-de-Dôme est dans la tourmente. Récemment, la défenseure des droits a rendu ses recommandations sur la situation. Plus de 5000 enfants ont été confiés dans le département à l'Aide sociale à l'enfance en 2025.

À Chamalières, près de Clermont-Ferrand, voilà 8 ans qu'Aurélie travaille à la pouponnière. Entre 13h00 et 21h00, elles sont deux à veiller sur 5 enfants. Certains ont quelques mois seulement. Aurélie, auxiliaire de puériculture des 0 à 3 ans, explique : “On s’occupe du quotidien des enfants, pour leur donner un rythme qu’ils n’ont pas eu. On répond à tous leurs besoins de sécurité, d’affection, leurs besoins primaires et physiologiques. Il y a aussi l’hygiène, comme leur donner le bain, le repas. Le sommeil est aussi important”.

Prendre soin des enfants

Une centaine d'agents travaillent dans la pouponnière de Chamalières, répartis dans 6 unités. Les enfants sont placés ici en urgence par la justice pour les protéger : 60 % d'entre eux ont déjà vécu des traumatismes. Adélaïde Brut, responsable de la pouponnière, souligne : “Dans la majorité des cas, ce sont des situations de négligence, de carence intrafamiliale, voire de maltraitance physique ou physiologique. Ici, on établit d’abord un travail de la situation de l’enfant, pour réparer ce qui a pu être abîmé, d’abord physiquement et surtout psychiquement”.

Pas moins de 36 enfants de 0 à 3 ans sont dans la pouponnière. C’est un lieu de transition où ils restent actuellement en moyenne moins de 9 mois. Cédric Decarsin, directeur du Centre départemental enfants et familles (CDEF) de Chamalières, rappelle : “L’idée est de faire une évaluation sur 3 mois, renouvelable une fois. La durée moyenne de l’accueil d’un mineur est de grand maximum 6 mois. On réalise une évaluation pour proposer la meilleure orientation à l’Aide sociale à l’enfance”.

Créer des places

Un projet de restructuration de la pouponnière doit commencer dès le mois de septembre. L'objectif est d'augmenter la surface de 1200 m². Mais surtout, l'Aide sociale à l'enfance (ASE) du Puy-de-Dôme doit créer des places d'accueil et proposer différents lieux comme ce village d'enfants à Chanat-la-Mouteyre qui va accueillir des fratries à partir du mois d'août. Antoine Desforges, directeur de l'association Altéris, précise : “Il y a de plus en plus d’enfants. Il y avait de nombreuses mesures non exécutées, c’est-à-dire que, lorsque le juge prenait une décision et plaçait des enfants, il y a en avait un certain nombre –et de nombreux-qui n’avaient pas de solution dans l’immédiat. Toutes ces places, plus de 300 créées par le Département, visent à répondre à ces besoins-là”.

Un projet de 6 maisons

Dans 6 maisons, 32 enfants et adolescents seront accueillis. Catherine, accompagnante familiale, fera partie des effectifs. Depuis un an elle s'occupe du quotidien de ces enfants, de jour comme de nuit, avec un autre accompagnant familial. Catherine, accompagnante familiale, indique : “C’est un beau métier. C’est intéressant et enrichissant. C'est pour leur donner un peu de confort, de sécurité, de confort et d’équilibre, dans la mesure du possible. Ils en ont besoin”. L'Aide sociale à l'enfance recrute des professionnels pour accompagner ces enfants et leur donner plus de stabilité.

Selon le Conseil départemental du Puy-de-Dôme, en 2025, entre 112 et 124 places ont été créées dans les différents établissements. En 2026, 170 places supplémentaires sont prévues, dont 14 dans la deuxième pouponnière créée en 2024 au château des Quayres. En 2022, 3104 enfants étaient confiés à l’ASE dont 1706 enfants placés et hébergés. En 2025, 5138 enfants et jeunes sont confiés à l’Aide sociale à l’enfance du département, 2134 enfants placés et hébergés.

Une structure pointée du doigt

Selon le rapport de la défenseure des droits du 9 mars dernier, il y a une augmentation des enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance depuis 2016 dans le Puy-de-Dôme : de plus 25% et de plus 85% en incluant le public des mineurs non accompagnés. C’est deux fois plus rapide que sur le territoire national. La défenseure des droits a été saisie en mars 2023 par des professionnels de santé concernant la pouponnière de Chamalières en raison d’une suroccupation aux conséquences néfastes pour les enfants.

La défenseure des droits mentionnait dans son rapport que la capacité d'accueil budgétisée et l'accueil effectif ont progressivement été augmentés par le Conseil départemental du Puy-de-Dôme pour recevoir et orienter les mineurs qui lui étaient confiés. Mais à un rythme insuffisant, selon la décision, pour répondre au besoin. "Ainsi, ont été accueillis au sein de la pouponnière, pour une capacité autorisée demeurée à 23 places, jusqu'à 29 enfants en 2022, 50 enfants en 2023, et 61 enfants en 2024", indique la défenseure des droits. Une situation intenable qui n'a pas permis "d'apporter les soins nécessaires à des tout-petits et de les prendre en charge de manière adaptée" malgré le renforcement progressif des équipes.

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À ce manque de moyens humains s'ajoutaient également des limites matérielles : le nombre de lits par chambre et de chaises pour manger ou de poussettes était insuffisant, note la décision. Un nourrisson placé s'est "vu administrer un traitement médicamenteux contre l'anxiété tant la promiscuité quotidienne entraînait pour lui une dégradation de son état psychique".

Au moment de la publication du rapport, le Département du Puy-de-Dôme a indiqué que "les recommandations formulées reposent essentiellement sur des constats datant de plusieurs années, et qu'elles interviennent près de trois ans après la saisine du Défenseur des droits". Depuis, la collectivité explique avoir investi davantage chaque année pour la protection de l'enfance depuis l'arrivée du nouvel exécutif en 2021. En trois ans, le budget de fonctionnement dédié à celle-ci a progressé de près de 70 millions d'euros à quasiment 100 millions d'euros. Le budget d'investissement, lui, a grimpé en flèche : 139.630 euros en 2021 contre 2,70 millions d'euros en 2024.

Actuellement 36 enfants sont placés dans la pouponnière de Chamalières. La capacité d’accueil est limitée à 41 selon le directeur du CDEF en juillet 2025. Mais dans un décret du 5 septembre 2025, la capacité d’accueil des pouponnières est fixée à 30 places.

Un projet de loi attendu

Un projet de loi national devait voir le jour en début d’année, mais il n’est toujours pas arrivé à l’Assemblée nationale. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, assure qu’il sera présenté au Conseil des ministres mi-mai et adopté avant la fin du quinquennat. Le texte prévoit notamment des mesures de soutien aux familles pour éviter le placement et recourir à un environnement familial plutôt qu’à des foyers.

Marianne Maximi, députée (LFI) du Puy-de-Dôme, qui s'est impliquée dans le dossier de l'Aide sociale à l'enfance, insiste : “Il faut répondre aussi à la question des professionnels. Aujourd’hui, ils sont en souffrance ou quittent ce secteur car c’est dur, il y a une perte de sens énorme, par manque de moyens. Il faudrait renforcer du côté salarial celles et ceux qui accompagnent les enfants. La manière dont on traite ceux qui prennent soin des enfants dit beaucoup de choses sur comment on considère les droits de ces enfants qui sont placés à l’Aide sociale à l’enfance”. La députée souhaiterait renationaliser la protection de l’enfance et en faire un service public.

Article réalisé à partir du reportage d’Aurélie Albert et Laurence Laborie / France 3 Auvergne